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Napoléon : un bilan très contrasté

   Ecrit par : Webmaster   dans La Révolution

1815, Waterlo: quinze années de pouvoir napoléonien s’achèvent dans le fracas de la plus célèbre défaite de l’histoire européenne. Alors que son pays est à genoux, l’empereur déchu prend le chemin de l’exil pour connaître une fin misérable. Au delà du mythe (qui ne se construira que bien plus tard), on ne retiendra longtemps de Napoléon que le conquérant génial et un continuateur de la Révolution.  L’incontestable héritage qu’il a laissé derrière lui alors qu’il s’embarque pour Ste Hélène a portant eu un prix. Et en y regardant de près, l’addition s’avère franchement salée, à commencer pour la France.

Napoléon, un bilan très discutable

Commençons par les institutions et la politique intérieure. Sur le principal crédit que l’on porte à Napoléon, le bilan est nuancé.  Certes, il a fixé dans le marbre certains principes de la révolution bourgeoise de 1789 : l’égalité, la promotion au mérite, la propriété, le concept d’État-nation. De même, il a consacré le caractère juridique des institutions et a pérennisé des législations qui subsistent encore aujourd’hui : conseil d’État, Sénat, code civil…  Mais dans la pratique, la France de Napoléon est organisée autour d’un exécutif très centralisé et autoritaire. Les journaux sont supprimés, il n’y a plus de liberté d’expression et les contre-pouvoirs ne jouent pas leur rôle. Devenu Empereur, il s’empresse de recréer une aristocratie nobiliaire, transforme les républiques sœurs en royaumes sur lesquels il place les membres pas toujours très compétents de sa famille, impose un nouveau pouvoir absolu et héréditaire. On est tout de même très loin de l’idéal révolutionnaire. A coté de Napoléon, Louis XVIII, avec sa charte constitutionnelle, fait figure de démocrate.

Sur un plan économique, on peut porter au crédit de Napoléon d’avoir  favorisé la formation du capitalisme industriel en faisant adopter une législation favorable à la libre entreprise et aux pouvoirs de l’argent, d’avoir encouragé l’initiative privée et l’innovation industrielle, d’avoir créé une puissante administration composée de cadres compétents, et d’avoir procédé, pour contrebalancer les effets du blocus continental, à l’ouverture du marché européen à grand coups de baïonnettes. Au débit de l’Empereur, la France est un pays tout simplement ruiné en 1815. Le coût des guerres a été exorbitant,  les finances publiques sont à genoux, la dette est colossale. Après la défaite de Napoléon, la France doit en plus payer aux alliés une gigantesque indemnité de guerre et entretenir une armée d’occupation. Le pays s’enfonce dans une grave crise économique et il lui faudra une vingtaine d’année pour s’en relever.

Sur le plan territorial, Napoléon a rendu en 1815 la France plus petite qu’il ne l’a trouvée en 1799 lors de sa prise de pouvoir. Entre 1814 et 1815, la France perd la Savoie, la Belgique et la rive gauche du Rhin, toutes conquêtes de la Révolution. La fameuse rive gauche du Rhin. Si contestable puisse être cette pseudo « frontière naturelle » décrite par Danton, sa perte en 1814 ouvre au nord du pays un boulevard que par trois fois en 1870, 1914 et 1940 le voisin germanique se fera fort d’emprunter, avec les conséquences que l’on connait.

A ces pertes continentales dues à la défaite de Napoléon s’ajoutent les pertes coloniales : l’immense mais peu peuplée Louisiane en Amérique du Nord, vendue en 1803 aux Etats-Unis par Napoléon pour financer ses guerres, de nombreuses  îles des Caraïbes productrices de sucre ainsi que les îles des Seychelles.  Déjà fortement amputé par le désastreux traité de Paris de 1763, le premier empire colonial de la France disparaît au profit du rival Angleterre. L’Angleterre peut dire un grand merci à l’Empereur. A l’issue de son bras de fer avec Napoléon, la « perfide Albion » assied définitivement sa domination sur les mers et le commerce mondial, devient  la seule puissance coloniale, et prend à la France la place de première puissance européenne.

Sur le plan international, la défaite de Napoléon marginalise la diplomatie française.  Le retour de l‘île d’Elbe et l’épisode des cents jours ne font qu’aggraver la situation française déjà fragile. Représentée au congrès de Vienne par les très ‘habile et très opportuniste Talleyrand, la monarchie bourbonienne restaurée parvient tout juste à limiter la casse. Alors que les monarchies européennes prévoyaient de dépecer la France pour annihiler ses velléités révolutionnaires et annexionnistes, l’acte final du congrès ne prévoit pas de sanctions contre la France, mais la ceinture d’une myriade d’États tampons. Encerclée par la fameuse « sainte alliance« , la France doit se faire discrète pour faire oublier le tumulte précédent.  Il lui faudra beaucoup de temps et de patience pour retrouver sa place, et elle ne pourra de toute façon plus jamais agir seule dans le concert européen.

Difficile enfin de ne pas parler du coût humain de la folle équipée napoléonienne. Selon les sources, le bilan de ces quinze années serait d’environ 1 million de morts en France et de 3 millions pour l’ensemble de l’Europe. Si ces chiffres sont très controversés, on se situe néanmoins dans l’ordre de grandeur des pertes de 14-18. D’ailleurs, à elle seule, la campagne de Russie aura fait plus de victimes que n’importe quelle bataille de la seconde guerre mondiale. Une génération entière a été fauchée sur les champs de batailles d’Europe. Pour certains pays comme l’Espagne, c’est une véritable saignée que laisse le passage des armées napoléoniennes. Pour la  France, qui connaît en simultané depuis la fin du XVIIIe une baisse de la mortalité et un début d’auto-contrôle des naissances , les conséquences sur la démographie seront cependant moins importantes que celles de la première guerre mondiale. Ce n’est qu’à partir du milieu du XIXe que la France amorcera un déclin démographique par rapport aux autres pays européens. Quoi qu’il en soit, c’est tout de même une fraction notable de la population masculine active qui disparaît durant les guerres napoléoniennes et fera défaut au pays.

1815. C’est une France occupée et affaiblie, ruinée financièrement et avec des frontières réduites que laisse derrière lui Napoléon. Un bilan peu flatteur que les quelques acquis post révolutionnaires ont tout de même bien du mal à masquer. Comme il a su si bien faire de ses aventures une légende nationale,  la France qui va s’ennuyer assez souvent après lui s’enivrera dans la nostalgie de cette épopée glorieuse et romanesque. En oubliant un peu vite que cette aventure a eu un prix.

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Cet article a été publié le Lundi 1 février 2010 à 20 h 00 min et est classé dans La Révolution.