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François 1er et Françoise de Foix

   Ecrit par : Webmaster   dans Les Femmes et le pouvoir

Par un glacial hiver de 1514, alors que des tornades de neige balaient sans relâche l’Île-de-France, Louis le douzième vit ses derniers instants. Il fait venir à son chevet le seul héritier présumé au trône de France, le jeune François, fils de Louise de Savoie et de Charles d’Angoulême. En regardant s’avancer vers lui ce grand jeune homme dont il n’avait pas une bonne opinion, il dira « ce gros garçon gâchera tout » et mourut quelques jours plus tard. C’est ainsi que François 1er monta sur le trône à l’âge de vingt ans, ainsi que la reine Claude son épouse.

En dehors de sa haute stature, c’est un homme raffiné, amateur d’art, excellent cavalier, appréciant le luxe et les jolies femmes. Autour de lui papillonnent en permanence un groupe de jeunes et charmantes personnes qu’il appelait affectueusement sa « petite Bande ». Cela ne l’empêche pas de s’occuper des affaires de l’état et de guerroyer, comme à Marignan. Malgré son mariage avec la fille d’Anne de Bretagne, une question le préoccupait beaucoup : cette convention qui fit de la Bretagne un état libre de se séparer à tout moment de la France, risquait de lui faire perdre de nombreuses baronnies.

La plupart de ces fiefs bretons se trouvaient appartenir au seigneur Jean de Laval, que François s’empressa d’inviter à la cour, ainsi que sa charmante épouse. Il s’agit de Françoise de Foix née en 1475 et fiancée à l’âge de 11 ans au riche sieur de Laval- Chateaubriand. Dès son jeune âge la jeune fille était prometteuse par son caractère affirmé, son teint lisse,  ses proportions harmonieuses et la beauté de ses cheveux noirs. Jean l’épousera donc en 1509 et vivra heureux dans son comté de Bretagne avec sa belle. Jusqu’à ce qu’un certain François 1er entende parler de Françoise.

Le jeune roi est impatient de rencontrer cette jolie dame dont la renommée est parvenue à la cour, mais Jean de Laval qui connaît le penchant du roi pour les femmes, se rendra seul à son invitation. Cela ne fit qu’attiser la curiosité du roi, qui insista à plusieurs reprises et finit par exiger sa venue. Jean de Laval tentant alors une ultime stratégie, écrivit devant le roi une lettre pour demander à son épouse de se rendre à la cour, joignant une bague qui signifiait au destinataire de ne pas tenir compte du courrier lorsqu’il contiendrait ladite bague. Cette tentative désespérée du mari sera éventée par un valet du roi qui ôtera la bague du courrier… Françoise se rend à la cour, et est aussitôt présentée au roi qui tombe bien évidemment sous le charme.

Il lui fera une cour pleine de courtoisie à laquelle la jeune femme ne sera pas insensible : « Entrer dans le lit du roi comporte bien des avantages » se dit-t-elle. Rapidement, car François aimait les affaires rondement menées, elle devient sa maîtresse, se faisant une farouche ennemie de Louise de Savoie, la mère du roi. Pour atténuer la jalousie du mari trompé, François lui offrira le commandement d’une compagnie d’ordonnances et nommera le frère de son aimée gouverneur de Milan.

En prévision d’un affrontement qu’il juge inévitable avec le très puissant Charles Quint, François 1er tente de s’allier en 1520 à Henri VIII d’Angleterre. Dans ce but, il choisira un lieu neutre ou français et anglais pourront négocier une entente. Influencé par Françoise, il fera ériger des tentes somptueuses décorées de tapisseries et meubles précieux, où se dérouleront des fêtes magnifiques destinées à éblouir Henry VIII. C’est le camp « du drap d’or », opération si coûteuse qu’elle videra les caisses de l’Etat et aura pour conséquence de produire l’effet inverse de celui escompté : Henri, humilié et furieux, rentrera en Angleterre et s’alliera finalement à Charles Quint.

Louise de Savoie, très en colère, imputera bien sûr cet échec à la maîtresse du roi et lui mènera une guerre sans merci, l’accusant d’être la maîtresse de Bonnivet, amiral du roi. Mais le roi, aveuglé, n’en tiendra pas compte. Au cours d’une fête bien arrosée un invité lancera à la tête de François un tison enflammé mettant sa vie en danger. Il finira par se remettre et cet accident inspirera une mode qui allait caractériser l’homme du XVIesiècle :  les boucles du roi furent coupées et il dut se laisser pousser la barbe pour cacher les cicatrices de ses brûlures. Tous les hommes du royaume et d’Europe adopteront alors ce nouveau style.

En 1526 François, qui se lance à la conquête de l’Italie, sera battu à Pavie et fait prisonnier par Charles Quint, au grand désespoir de sa compagne. Louise de Savoie, sa grande ennemie, sera nommée régente, ne lui laissant pas d’autre choix que de plier bagages pour rejoindre la Bretagne où son mari lui fit sans doute bon accueil. Il s’établira alors une correspondance assidue et très poétique entre les deux amants, qui adoucira les longs mois de captivité du roi en Espagne. La reine Claude étant décédée en 1524, François 1er acceptera à des fins politiques d’épouser Eléonore, sœur de Charles Quint, qui tombe aussitôt amoureuse de ce roi si séduisant.

Une forte rançon avait été exigée pour sa libération et le roi promet de s’y soumettre. Il sera libéré en 1526 et regagne la France, acclamé par son peuple. En Bretagne, où la nouvelle est parvenue, Françoise attend un signe de son bien-aimé, qui ne viendra pas. Elle se rendra à la cour pour y trouver une terrible rivale en la personne d’Anne de Pisseleu, duchesse d’Etampes, belle jeune fille blonde de 18 ans, avec laquelle il lui faudra lutter pour conserver son titre de favorite. Une haine farouche opposera les deux femmes, à la plus grande joie des courtisans qui se délecteront de cette rivalité. Le roi, qui adorait sa nouvelle maîtresse, mais aimait encore Françoise, se trouvait très ennuyé par cette situation, usant de sa diplomatie pour apaiser les deux favorites.

Dépité par la faiblesse du roi, blessée dans son orgueil, Françoise quitte la cour et regagne sa Bretagne. Anne, la favorite victorieuse, ne comptant pas en rester là, exigera du roi la restitution des bijoux offerts à Françoise. Déjouant la mesquinerie de sa rivale, la favorite déchue fit fondre les bijoux, et rapporter ceux-ci au roi sous forme de lingots d’or. Ce dernier, amusé par ce geste, fit renvoyer les lingots et l’affaire se retourna contre la favorite jalouse.

Le roi ayant eu en 1532 d’importantes affaires à régler en Bretagne, s’installera à Châteaubriant pour six semaines au grand bonheur de Françoise. En son honneur seront donnés de nombreuses fêtes, tournois, chasses et banquets. Mais le roi, ses affaires terminées, regagnera la cour où l’attend Anne de Pisseleu. Françoise ne devait jamais revoir François 1er.  Suivirent néanmoins plusieurs années de correspondance entre ces deux êtres qui décidément s’appréciaient beaucoup.

Jean de Laval, que le roi avait comblé d’honneur, s’entendra fort bien avec celui-ci sur les questions d’ordre politique mais qu’en fut-il des relations de ce mari bafoué avec son épouse ? Par vengeance, il aurait exercé des sévices sur cette femme. S’agit-il de malsaines rumeurs ? Le mystère demeure sur la mort brutale de Françoise en 1537. Le bruit courut que son époux l’aurait assassinée. Mais l’opinion publique, avide d’histoires sombres et tragiques, a-t-elle colporté des faits sans fondement ? Sans doute ne le saura-t-on jamais…

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Cet article a été publié le Dimanche 31 janvier 2010 à 20 h 23 min et est classé dans Les Femmes et le pouvoir.