Charlotte Corday, après avoir assassiné Marat, déclara : « J’ai tué un homme pour en sauver cent mille». Par cet acte très symbolique, accomplit par elle seule et au nom des principes de 1789, elle devint alors la femme la plus célèbre de la Révolution et fut surnommée plus tard « ange de l’assassinat » par Lamartine. Le geste de Charlotte Corday n’a pas pour autant apaisé la France, qui sombra dans la folie meurtrière de la Terreur.
1793 : la France révolutionnaire est déchirée entre les girondins, plutôt modérés, et les montagnards, plutôt extrémistes. Le pays affronte une crise économique, aggravée par les troubles intérieurs qui ont suivi la mort de Louis XVI, guillotiné le 20 janvier, et les échecs militaires contre les monarchies voisines. C’est dans ces conditions de grande fébrilité nationale que les montagnards finissent par écarter par la force les girondins, sous la conduite de Danton, Robespierre et Marat.
Avant de se proclamer porte flambeau de la révolution et « ami du peuple », Marat a été de conviction royaliste, exerçant son métier de médecin auprès du frère de Louis XVI. Sa carrière n’ayant pas eu la réussite qu’il espérait, il embrasse la cause de la révolution, se fait élire député et se donne pour mission d’instruire le peuple par le biais de la publication de son journal. Mégalomane et franchement paranoïaque, mais populaire et talentueux, il se transforme alors en monstre sanguinaire, appelant à la mort des aristocrates, des riches, des profiteurs… De sa baignoire où il se soigne de la lèpre il ne cesse d’appeler à la délation et au meurtre des pseudos traitres à la révolution, avec hélas un succès certain.
La réputation de Marat finit par atteindre la province, dont Caen ou résident quelques girondins en fuite. C’est ici que Charlotte Corday fait leur connaissance. Issue d’une famille d’aristocrates normands, et surtout arrière petite nièce de Corneille, Charlotte Corday est depuis son enfance très influencée par la littérature tragique et par l’idéal romantique de l’honneur et du devoir. C’est une femme d’esprit, une républicaine convaincue et une idéaliste, que la folie sanguinaire des Marat et consorts répugne. Constatant l’inaction de ses amis girondins, elle se décidé alors à passer à l’action.
Charlotte Corday quitte ainsi Caen pour gagner paris, sans que l’on ne sache si elle avait déjà l’intention d’assassiner Marat. C’est pourtant l’issue qu’elle projette, espérant par cet acte mettre fin à la frénésie meurtrière qui s’est emparée des révolutionnaires. Une fois la décision prise, elle espère pouvoir tuer Marat à la tribune de la Convention pour rendre son geste plus spectaculaire, ignorant que celui-ci ne quitte plus son domicile. Après avoir rédigé son testament pour expliquer et justifier son acte, elle se rend au domicile de Marat, déjouant la vigilance de ses proches. Elle finit par le rencontrer sous prétexte de lui révéler ce qui se trame à Caen. Et là, sans l’ombre d’une hésitation, elle lui plante un couteau dans la poitrine alors qu’il est dans son bain.
Tout de suite appréhendée, elle ne cherche même pas à échapper à son destin. Et à son procès elle affronte ses juges avec beaucoup de courage et de dignité, acceptant d’avance sa condamnation à mort. « On ne meurt qu’une fois. » dira t-elle. A la barre elle fustige les bourreaux qui assassinent la liberté, dont le célèbre Fouquier-Tinville qui lui fait face. Elle est condamnée le 17 juillet 1793 et promise à la guillotine, affrontant la vindicte populaire qui célèbre son martyr révolutionnaire. Elle monte sans hésiter sur l’échafaud, citant son illustre aieul « Mourir pour le pays n’est pas un triste sort, c’est s’immortaliser par une belle mort. »
Son geste n’aura toutefois pas le résultat escompté. L’assassinat de Marat provoque une vague de violence et de répression qui ouvre l’instauration de la Terreur. Telle une héroïne lyrique, c’est au nom des principes républicains que Charlotte Corday a décidé d’assassiner Marat. Ce dernier à d’ailleurs dit un jour « C’est par la violence qu’ont doit établir la liberté. » Il a été entendu par une femme courageuse et peut-être un peu naïve qui estimait que la liberté valait bien son sacrifice personnel.
Mots clefs: La Révolution, Marat